Le développement communautaire des normes IIIF et Linked Art, caractérisé par un esprit de collaboration et de transparence, est un moteur essentiel. Il est impératif, en parallèle de l'élaboration de ces normes, de développer des logiciels et des outils qui soient compatibles avec ces spécifications pour en exploiter pleinement le potentiel.
Les standards LOUD, employés conjointement, améliorent l'interopérabilité sémantique, même si cela se fait au détriment d'une certaine pureté ontologique.
Les pratiques et les normes LOUD devraient servir de dénominateurs communs pour les institutions du patrimoine culturel, les organismes publics et les projets de recherche.
L'homogénéité démographique actuelle perpétue les préjugés qui marginalisent diverses perspectives.
Une mutation implique des changements structurels dans les modèles de gouvernance et de participation.
Les voix issues des pays en voie de développement méritent une attention accrue pour élargir la portée du changement.
Felsing, U., Fornaro, P., Frischknecht, M., & Raemy, J. A. (2023). Community and Interoperability at the Core of Sustaining Image Archives. Digital Humanities in the Nordic and Baltic Countries Publications, 5(1), 40–54. https://doi.org/10.5617/dhnbpub.10649.
Raemy, J. A. (2022). Améliorer la valorisation des données du patrimoine culturel grâce au Linked Open Usable Data (LOUD). In N. Lasolle, O. Bruneau, & J. Lieber (Éds.), Actes des journées humanités numériques et Web sémantique (p. 132‑149). Les Archives Henri-Poincaré - Philosophie et Recherches sur les Sciences et les Technologies (AHP-PReST); Laboratoire lorrain de recherche en informatique et ses applications (LORIA). https://doi.org/10.5451/unibas-ep89725
Raemy, J. A. (2024). Linked Open Usable Data for Cultural Heritage: Perspectives on Community Practices and Semantic Interoperability [Doctoral Thesis, University of Basel]. https://hdl.handle.net/20.500.14716/148352
Sanderson, R. (2018, mai 15). Shout it Out: LOUD. EuropeanaTech Conference 2018, Rotterdam, the Netherlands. https://www.slideshare.net/Europeana/shout-it-out-loud-by-rob-sanderson-europeanatech-conference-2018.
Sanderson, R. (2019). Keynote: Standards and Communities: Connected People, Consistent Data, Usable Applications. 2019 ACM/IEEE Joint Conference on Digital Libraries (JCDL), 28. https://doi.org/10.1109/JCDL.2019.00009
Ces images font partie des archives photographiques de l'association Anthropologie Culturelle Suisse, anciennement Société suisse des traditions populaires, dont le siège est à Bâle, Suisse. Licence: CC BY-NC 4.0
Brunner, Ernst. [Blick auf das Spalentor]. Basel, 1938. Black and White Negative, 6x6cm. SGV_12 Ernst Brunner. SGV_12N_00115. Alte Bildnummer: AB 15. https://ark.dasch.swiss/ark:/72163/1/0812/6mo320CeXUqvWftaKoKPWws
Brunner, Ernst. [Ringtanz während der Masüras auf der Alp Sura]. Guarda, 1939. Black and White Negative, 6x6cm. SGV_12 Ernst Brunner. SGV_12N_08589. Alte Bildnummer: DL 89. https://ark.dasch.swiss/ark:/72163/1/0812/T6ITgGbkVomteyknedSDsA7
Brunner, Ernst. ["Steffenbach-Brücke" der Furka-Bahn: Bau und Erneuern der Brücke]. Kanton Wallis, 1950. Black and White Negative, 6x6cm. SGV_12 Ernst Brunner. SGV_12N_36937. Alte Bildnummer: PU 37. https://ark.dasch.swiss/ark:/72163/1/0812/ODlFFvdYVc=xa_VyOACHoAf
Re-Bonjour à toutes et à tous ou bonsoir. Je change aujourd'hui de casquette et vous parle en tant que chercheur associé en humanités numériques à l'Université de Berne, et non en tant qu'employé des Archives fédérales suisses. Ma présentation s'intitule "LOUD et clair" et explore comment les normes communautaires transforment l'engagement du public dans le patrimoine culturel.
Ma présentation s'appuie sur mon doctorat en humanités numériques que j'ai achevé fin 2024 à l'Université de Bâle. Cette recherche porte sur le Linked Open Usable Data pour le patrimoine culturel. J'ai mené une recherche empirique autour de trois axes : les communautés IIIF et Linked Art, le projet PIA sur les fonds d' archives photographiques de la société Anthropologie Culturelle Suisse, et LUX, le portail de découverte ou d'aggrégation des collections de Yale.
Le LOUD, ou Linked Open Usable Data, vise à concrétiser l'ambition du web sémantique de manière pragmatique. L'approche repose sur JSON-LD et privilégie l'accessibilité pour les développeurs, qui sont les premiers acteurs dans la création d'outils et services permettant ensuite aux utilisateurs finaux d'accéder aux données patrimoniales. C'est une approche qui tend à être transversale.
Le LOUD s'articule autour de cinq principes de conception fondamentaux. Premièrement, il faut choisir le bon niveau d'abstraction pour le public visé. Deuxièmement, réduire les barrières à l'entrée. Troisièmement, les données doivent être compréhensibles par simple consultation. Quatrièmement, fournir une documentation avec des exemples concrets. Et enfin, privilégier des modèles cohérents plutôt que de multiplier les exceptions. Trois systèmes majeurs adhèrent à ces principes : IIIF, le Web Annotation Data Model, et Linked Art.
L'écosystème LOUD repose sur trois piliers complémentaires. IIIF facilite le partage de contenus visuels via des API standardisées. Le Web Annotation Data Model offre un standard pour créer et partager des annotations entre plateformes. Linked Art, basé sur CIDOC-CRM, fournit un profil d'application et des API pour décrire sémantiquement le patrimoine culturel. Ces trois standards peuvent fonctionner ensemble de manière synergique.
Exemple d'écosystème LOUD illustrant comment les API IIIF – ici les API Image, Presentation et Change Discovery – le modèle de données Web Annotation et l'API Linked Art peuvent être intégrés dans un même environnement. Cet exemple propose une sorte de circularité au niveau des API, permettant une interopérabilité entre les différents services.
Il faut privilégier les cas d'utilisation plutôt que la rigueur ontologique pure pour déterminer le niveau d'interopérabilité optimal. Voici la pile technologique de Linked Art. Il est intéressant de noter que Linked Art repose sur l'ontologie CIDOC-CRM, qui est un modèle conceptuel de haut niveau, et que c'est grâce aux vocabulaires du Getty – AAT, ULAN, TGN – que les entités et les ressources sont définies plus précisément au niveau du profil d'application.
Voici une démonstration de LUX, le portail de Yale. On voit ici comment le JSON-LD structure les données qui alimentent l'interface utilisateur, y compris pour les filtres et les facettes de recherche.
Les données, et le modèle sous-jacent, doivent être faciles à utiliser et à exploiter. La mise en place de tels systèmes incitera davantage de personnes à y recourir activement. Exemple : Storiiies comme outil de narration/storytelling, facile à utiliser et à encapsuler au sein de différentes sites.
Les données doivent être compréhensibles dans une large mesure simplement en les consultant, sans requérir de l’aide extérieure. Cela peut être achevé en sérialisant les informations en JSON-LD, un format d’encodage de donnée structurées simple à lire et répandu sur le Web. Exemple : Une méthode utilisée dans Linked Art consiste à inclure une étiquette lisible humainement pour la valeur représentée par la dimension. Cela permet aux clients de présenter les données dans un format spécifique, plutôt que d'avoir à générer le texte à partir de la valeur, de l'unité et du type de la dimension.
Une documentation des plus exhaustives doit être réalisée afin de clarifier la mise en œuvre des cas d’utilisation. Iici l'exemple d'une des recettes de cuisine ou "cookbook recipes" afin que les utilisateurs puissent voir quels visualiseurs prenent en charge quels éléments des spécifications. Dans cet exemple précis, il s'agit de localiser où se trouve sur une carte l'objet visualisé.
Recette JSON au sein du visualiseur Theseus.
Un modèle doit pouvoir contenir le moins d’exceptions possibles pour éviter d’ajouter des règles demandant la création de champs personnalisés au cas par cas. CIDOC-CRM est un environnement qui doit être enrichi de vocabulaires et d’ontologies additionnels pour être fonctionnel. Le mécanisme fourni pour ce faire est la propriété classified_as, qui fait référence à un terme d’un vocabulaire contrôlé. Ainsi, la responsabilité du maintien de la structure des classes est déplacée de l’ontologie vers le vocabulaire. Par exemple, Le tableau Le Printemps ou Jeanne Demarsy d'Edouard Manet qui est autant une peinture qu'un objet d'art.
À l'exception des conférences annuelles ou des ateliers en présentiel, la grande majorité des réunions au sein des communautés IIIF et Linked Art se déroulent en ligne. Elles sont ouvertes à tous, avec un ordre du jour clair rédigé sur Google Docs, et utilisent GitHub comme plateforme centrale pour recueillir des cas d'utilisation et rédiger des spécifications de manière collaborative.
Ce diagramme illustre le processus collaboratif d'élaboration des spécifications. Les cas d'usage émergent des besoins de la communauté et sont progressivement transformés en spécifications techniques formelles. C'est un processus itératif qui implique de multiples acteurs et niveaux de validation.
La recherche d'un consensus est en effet un facteur durable, comme le démontre ici la publication des API IIIF Image et Presentation 3.0 en 2020. Le diagramme illustre le processus mis en œuvre par la communauté IIIF pour examiner, valider et publier les deux spécifications. Cette approche structurée commence par des groupes tels que les éditeurs, qui identifient et proposent des modifications. Ces modifications sont ensuite rigoureusement discutées et examinées par les membres du comité d'examen technique (ou TRC). Nous pouvons voir l'agence distribuée qui définit ce processus communautaire.
Cette visualisation montre la structure organisationnelle de la communauté IIIF. On observe différents groupes de travail thématiques, des comités techniques, et une gouvernance distribuée. Cette organisation permet de canaliser l'expertise diverse de la communauté tout en maintenant la cohérence des spécifications produites.
Ce graphique illustre les tendances de participation communautaire aux réunions Linked Art organisées entre janvier 2019 et mars 2024. Au cours de cette période, 130 personnes ont assisté à 115 réunions. La participation moyenne était de 13,57 sessions par participant, mais la médiane n'était que de 2, ce qui suggère qu'un petit noyau de membres actifs de manière constante coexiste avec un groupe plus large dont la participation est sporadique. Cette tendance reflète les défis et les succès liés au maintien d'un engagement durable, en particulier dans un environnement axé sur le bénévolat. Le défi consiste non seulement à attirer davantage de participants, mais aussi à encourager ceux qui sont actuellement passifs à s'engager plus activement. Une tendance similaire en matière de participation est observée au sein de la communauté IIIF.
Première partie de la conclusion : D'abord, le développement communautaire transparent est crucial, mais il doit s'accompagner d'outils et logiciels compatibles pour concrétiser le potentiel des standards. Deuxièmement, les standards LOUD améliorent l'interopérabilité sémantique de manière pragmatique, même si cela implique certains compromis ontologiques. Enfin, ces pratiques devraient devenir des dénominateurs communs pour l'ensemble du secteur patrimonial.
Un défi majeur persiste : l'homogénéité démographique des participants actifs, principalement issus d'institutions nord-américaines et européennes anglophones, perpétue des biais qui marginalisent d'autres perspectives culturelles. Or, les standards sont façonnés par ceux qui participent à leur élaboration. Une véritable transformation nécessite des changements structurels dans les modèles de gouvernance et de participation, pas seulement des ajustements cosmétiques. Les voix des pays en voie de développement doivent être non seulement entendues mais activement intégrées dans les processus décisionnels. Il y a des signes encourageants dans la communauté IIIF : le programme Ambassadors qui vise à aider dans l'implémentation des spécifications et de diversifier la représentation thématique ou géographique. Egalement, les organisations situées dans des pays à revenu faible ou intermédiaire – selon la classification de la Banque mondiale – bénéficient désormais de tarifs réduits pour rejoindre le consortium en tant que membre associé. Ce sont des premiers pas vers une inclusion plus large.
Voici les références principales de ma présentation. Ma thèse de doctorat est disponible en accès libre, ainsi que les articles mentionnés. Je vous encourage particulièrement à consulter les travaux fondateurs de Rob Sanderson sur le LOUD, qui ont posé les bases conceptuelles de cette approche.
Merci beaucoup pour votre attention et au plaisir d'échanger avec vous lors de la discussion.